vendredi 1 août 2014

DU CÔTÉ DU SOLEIL


DU CÔTÉ DU SOLEIL (mardi 31 mars 2009)





Je marche du côté du soleil. Puisqu’il faut que je marche.

Rien ni personne, ici, pour me conduire d’un côté ou de l’autre : personne pour m’inviter au soleil, non plus que pour me refuser l’ombre, si jamais me prenait l’envie d’y marcher, à l’ombre.

Alors, pour tout ce moment qu’il me reste à passer, vacant, entre le moment du labeur contraint, passé, et celui du plaisir attendu, je m’éloigne du Théâtre de la Ville… Vers le Marché aux Fleurs, j’ai choisi de marcher. Et, quand on peut marcher, autant que ce soit du côté du soleil.
Et je suis revenu un peu avant l’heure, toujours marchant du côté du soleil.


Devant la terrasse du Mistral, tournant le dos au soleil qui décline, debout, une femme – les larmes au bord des yeux, luttant pour contenir des spasmes qui viennent par à-coup déformer son visage et plier son corps, face à un homme qui, sans manifester aucune émotion, lui tend calmement un mouchoir de papier.

Je vois que maintenant la femme se tient droite, et qu’elle regarde l’homme, et que l’homme regarde ailleurs.
Mais, je crois que le regard de la femme maintenant se porte au loin, ayant traversé l’homme enfin vidé de sa substance – l’homme, qui fait comme s’il regardait ailleurs, parce que son regard, maintenant, ne peut plus se poser sur rien.

Adossée au soleil couchant, la femme se tient immobile dans l’axe scintillant du fleuve, mais il me semble qu’elle est déjà recouverte par l’ombre. La nuit, déjà.

Moi, j’ai marché du côté du soleil, tant que je pouvais marcher.





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La photographie qui accompagne ce texte est de Nicolas Hermann,
avec son aimable autorisation. 

Cette image n’est en rien une l’illustration du texte. 
J’ai seulement éprouvé que texte et image 
étaient ici dans un « rapport souterrain ».

jeudi 31 juillet 2014

SAINTE-VICTOIRE




 Paul Cézanne est là, où la montagne le regarde.

La montagne, ça le regarde. Et ça le regarde, comment peindre ça : la façon dont elle le regarde. Et pour peindre ça, la façon dont la montagne le regarde, il cherche là d’où il peut la voir.

Enfin, il y demeure.

Il demeure là assez longtemps.
Ce n’est pas que cela doive toujours durer un temps long, mais que ce soit assez.
C’est-à-dire : le temps qu’il faut.

(Paul Cézanne n’est pas fou.
Que lui, Paul Cézanne, la Sainte-Victoire ne le voit pas, il le sait bien.
Il se dit juste – car il pense juste, et parle de même – qu’elle le regarde.)

S’il est bien là où elle le regarde, et qu’il n’est que là, et assez longtemps, alors, doit venir le moment où il va la voir, cette montagne.
C’est-à-dire : le moment où il va pouvoir le peindre.
(Le peindre, ça : qu’il la voit.)

Peindre, c’est-à-dire : poser le ton juste, juste là où il doit être posé.

Ainsi, devant cette peinture ainsi composée par Paul Cézanne, d’autres pourront y voir, c’est-à-dire se trouver là où ça les regarde, de même. Là où la montagne les regarde.