vendredi 26 février 2021

‘Retour au 5, rue de la Folie-Dencourt’

 

‘Retour au 5, rue de la Folie-Dencourt’

 Il s’agit, ici encore, d’une image donnée pour servir d’inspiration initiale à une composition musicale :

 

 crédit : ekaterina - pexels

 Nous poserons-nous la question de savoir si nous devons nous imaginer le monter d'abord, ou bien plutôt le descendre... cet escalier dont on ici une image

De toute façon, on peut supposer, raisonnablement, que l'on ne pourrait le descendre qu'après l'avoir monté une fois.

De mon côté, j'ai rêvassé sur ce que cet escalier-là, sur cette image-ci, pouvait m'évoquer d'une époque ancienne, disons même "Ancien Régime", et, partant de là... du théâtre de Marivaux, par exemple ?

Et, de fil en aiguille, et de scènes en intrigues, j'ai à la fin été pris dans l'idée des réminiscences proustiennes, au travers desquelles on recherche le temps dont on a perdu le sens, avant de nous y retrouver par tous nos sens.

Ici, ce pourrait être, entre autres histoires possibles, celle d'un personnage qui retourne en une certaine maison où, il y a bien des années, il a vécu...

Au pied de cet escalier, il n'est plus l'heure pour lui de se demander s'il va pouvoir le monter, ou d’espérer que l'on vienne l'y rejoindre...

Remémoration sensorielle ? Est-ce ici une certaine odeur, sèche, de poussière accumulée ? Est-ce une certaine pénombre, seulement contredite par une minuterie parcimonieuse et, au palier au dessus, par cette étroite fenêtre ?

Au pied de cet escalier, cela a été le « point d’un départ », qu’alors il ne pouvait penser définitif.

*

 

Le titre cite une rue, "de la Folie-Dencourt", qui est sans rapport avec aucune rue existante...  Mais, je me souviens d’un autre aspect marquant de l'œuvre de Proust qui se trouve résumé en ces deux titres de chapitres : ‘Nom de Pays : le Nom’ et ‘Nom de Pays : le Pays’.

 

(D'un pays nous nous faisons d’abord une idée selon ce que son nom nous évoque, puis une tout autre idée quand nous découvrons le pays lui-même. Cette mécanique, très généralement déceptive, joue aussi pour certains personnages, aperçus tout d'abord selon la réputation attachée à leurs noms, hors de toute considération pour leur réalité propre. Etc.

 

Donc, comme par un processus inverse, je peux aller d’un « pays » - fictif -, à un « nom » - le titre d’une œuvre. 

 

Les titres, donnés aux œuvres, et par lesquels, dans la quasi totalité des cas, le public les reçoit "au premier abord", ils peuvent bien être tout à fait quelconques ; cette banalité aura son effet particulier. Si je découvre un tableau dont le titre affiché est 'Sans titre', ou bien réduit à une date, comme cela se trouve, je suis tout autant pré-conditionné dans mon regard sur lui que - par exemple - devant une œuvre de Paul Klee intitulée 'Wunderbar Landing', ou avant d'écouter une pièce d’Erik Satie désignée comme 'Choses vues à gauche et à droite' pour piano et violon.)

 

*

 

La musique, née d’une image fixe, est ici, encore une fois, elle-même, source d’autres images, animées.

 https://www.youtube.com/watch?v=o9Z1_w3_jv8

 


Leur montage particulier a été conditionné par la musique, préalablement fixée.

 https://metapop.com/patrick-guillot/tracks/retour-au-5-rue-de-la-folie-dencourt/177408

 La musique ? C'est comme une passacaille -  ou une chaconne. Elle repose donc tout entier sur le principe, antique, de la 'basse obstinée', ici obstinément en do # mineur.

Le seul de ses caractères qui soit moins traditionnel est sa mesure, à 5 temps.

Et tout ce morceau était 'programmé' comme un mouvement (miniature) de concerto (pour clavecin et ensemble de cordes), avec la 'cadence' du soliste qui s'impose, etc.

Les cordes, sur le format que je m'étais fixé (6 minutes), n'étaient pas destinées à jouer d'autre rôle que celui d'une "basse continue" un peu... enveloppée, si je peux dire. 

La partie de clavecin est jouée sur une modélisation (*) d'une copie réalisée par Matthias Griewisch (**), d’un instrument signé en 1624 par Hans Ruckers II le Jeune, également connu sous le nom de Joannes Ruckers, l’un des deux fils de Hans Ruckers.

 



 (*)

https://www.modartt.com/harpsichord

(**) http://www.griewisch.com/franzoesisch/instrumente/flaemische/ruckers1624.php

 

mercredi 10 juin 2020

PAS UN MONSTRE



Un dessin de Gianfranco a été proposé pour des « compositions inspirées ».
J’ai d’abord composé ce morceau : The Deep Dream Of Quiet Days
Cette musique a elle-même, ensuite, suscité une présentation visuelle, portant le même titre : 

Plus tard m’est revenu le souvenir d’un certain texte : 
Son contenu a été reformé pour en faire le sujet d’une « chanson parlée ».
Ces paroles ont été confiées à Doc Sticko, pour être ‘dites’, librement.
C’est le caractère propre de cette diction qui a, ensuite, informé toute l’allure de la partie de piano qui l’accompagne :


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Au cœur du village encore ensommeillé
C'est aux dernières heures de la nuit.
Silencieusement, le père de famille est descendu à sa cave, pour y prendre la hache.
Cette hache, dont il ne se sert que pour fendre du bois. 
Sans faire plus de bruit, il est remonté à l’étage des chambres
Où dormaient sa femme et ses deux jeunes enfants...
____

Mais, de qui parlent-t-ils ? 
Je n'étais qu'un père aimant
Un époux attentionné 
Moi, je n'avais pas d'autre histoire

Il n'est rien arrivé
Sinon, cette nuit…
Cette nuit… Oh que la nuit était creuse

Devant moi la nuit se creusait
Inexorablement
Irrémédiablement sans fond
Et le vent soufflait trop fort

Que faire d'autre que me rendre
Tout abdiquer sans résister
Moi, je n'ai rien fait.

Moi, je n'ai rien fait. Je ne suis pas un monstre
c'était là depuis trop longtemps depuis la nuit des temps cela ne pouvait pas m'arriver rien n'arrive qui ne soit déjà là depuis toujours ce n'était pas moi pas moi qui soulève la hache pas moi qui laisse s'abattre toute la masse du métal tranchant c'est trop lourd
Je ne suis pas un monstre 
Moi ! 
C'est lui… 
C'est lui Il était là derrière le mur du fond de la cave.
Impossible de le retenir emmuré.
Lui, le monstre, il traverse les murs 
tous les murs à toutes les heures.

Il pousse 
là  derrière 
depuis toujours
tous les jours quand jamais personne n’est là 
pour tenir le compte des jours.

Il s'est jeté sur moi
Il s'est jeté en moi
Après tout à été facile
suffit de sauter dans le vide.

Dans le vide de son énorme gueule ouverte dans le puits sans fond de ses entrailles insatiables c'est facile de sauter dans ce vide 
tout à été facile
Facile, comme tout ce que l'on fait une fois pour toutes :
il n'y aura plus jamais rien d'autre à faire 
Inexorablement 

Irrémédiablement 
Je ne suis pas un monstre 
____

Silencieusement, il est descendu à sa cave pour y prendre la hache dont il se sert pour fendre du bois. 
Sans faire plus de bruit, il remonte à l’étage où dorment sa femme et ses deux enfants.
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mercredi 6 mai 2020

INTERFÉRENCES CHAMANIQUES


INTERFÉRENCES CHAMANIQUES

musique : Pierre Marchand et Patrick Guillot




 inspirée par cette photographie de Ludovic Hautevelle :


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L'homme marche. 
Il marche sur cette route - là où il est inconcevable que l'on puisse marcher avec ses deux jambes pour seul moteur - sans s'inquiéter de savoir pourquoi il doit marcher le long de cette route. 
Il ne s'inquiète pas plus de savoir depuis quand. Mais, qu'il puisse marcher le long de cette route depuis plusieurs jours déjà, cela lui semble, étrangement, aussi possible qu’invraisemblable.
Il s'étonnera peut-être, plus tard, de ne pas avoir été plus étonné, alors, de marcher ici. Mais, pour l'instant... il a oublié de s'étonner.
Seul, il marche sur la route - ou plutôt, à côté.
Il longe la route. Sur la terre. Seul sur terre...
À un moment indéterminé, sans qu’il ne pressente rien, il est saisi. Il frissonne. 
Est-ce le vent qui se lève ? 
L’homme a bien senti comme un souffle passé sur son visage mais, à l'entour, nulle poussière n’est soulevée, et les quelques nuages qu’il voit devant lui au loin, au dessus des collines, lui paraissent aussi implacablement figés qu'ils le seraient dans une photographie...
 Il voit et il entend - c'est sûr ! alors même qu’il ne sait rien encore de ce qu'il voit, ni de ce qu'il entend.
L’homme est certain, sans même avoir l’idée de se poser la question des raisons de sa certitude, qu’il y a là, encore invisible mais depuis toujours présent à l’entour, quelque chose… qui est à voir, quelque chose qui est à entendre…
S’il s’est arrêté de marcher, ce n’est sans doute que pour mieux scruter toutes ces sensations ?
 Mais, maintenant que tout, en lui, se tient enfin immobile, cela, dont il « voyait » et « entendait » la présence, comme tenu encore à l’écart dans une distance indiscernable, cela se rapproche, comme pourrait se rapprocher de lui quelques personnes qui voudraient lui parler nettement mais sans avoir à élever la voix, sans murmurer mais sans crier, hors de tout besoin de confidence autant que de tout semblant de menace.
Et cela enfin lui « parle », dans une langue qu’il comprend sans l’avoir apprise, une langue composée de gémissements de ce vent qui ne déplace aucune poussière, des grondements d’une terre qui ne tremble pas, des craquements de branches d’arbres qui ne donnent pas d’ombre, et des caquètements d’oiseaux qui ne volent pas dans ce ciel-là.
Alors, enfin s’approche le chant de « Celui-qui-enseigne-l’art-de-rêver »…






lundi 6 avril 2020

The excellent adventures of Mr Senyawa _ Guska / Kitusai


Il était une fois… la musique.


Once upon a time, music ...



And the music acted, this time again, as perhaps certain substances act, everyone says that.
(Everyone says that : but, in fact, as far as I know, I only know it by hearsay, having listened, among others, for example, to the poet Henri Michaux ...)

No, there, it is enough for me to absorb sequences of sounds, the ones then the others, and others again, as each one bursts in, I see before my interior glance, each time different, these forms spontaneously raising, colorful and dancing - which are then captured, as far as I can contain them, in these "animations".


Et la musique agissait, cette fois-là, encore, comme agissent peut-être certaines substances, dit-on.  
(Dit-on, en effet : parce que, pour ce que j’en sais, je ne le sais que par ouï-dire, ayant écouté, entre autres, par exemple, le poète Henri Michaux...)

Non, là, il me suffit d’absorber des suites de sons, une d’abord puis une autre, et encore, pour que, à l’irruption de chacune, je vois devant mon regard intérieur, à chaque fois différentes, spontanément se lever ces formes colorées, dansantes – qui se trouvent alors captées, autant que je peux les y retenir, dans ces ‘animations’.

https://kitusai.bandcamp.com/album/the-excellent-adventures-of-mr-senyawa

 Finalement, ce sont 9 des titres de l'album « The excellent adventures of Mr Senyawa », composé par Guska et Kitusai, qui se retrouvent « animés en images », et réunis dans ce film :

 NINE EXCELLENT ADVENTURES OF GUSKA & KITUSAI

 00 :07                  1 - The excellent adventures of Mr Senyawa

03 :41                  2 - Le mystere de Dance Hall N° 12

06 :45                  3 – Kailim (*)

11 :12                  5 - L'horloger

13 :34                  8 - Forgotten Story retold

16 :59                  11- Erich le petit

20 :15                  12- Fern Enge

23 :23                  14- Suggeste (lentement)

26 :02                  15- Pelinores last visit

_______________________________________________

 1_THE EXCELLENT ADVENTURES OF MR SENYAWA

 2 _LE MYSTERE DE DANCE HALL N°12

 3_KAILIM (*)

 5_L'HORLOGER

8_ FORGOTTEN STORY RETOLD

 11_ERICH LE PETIT

 12_FERN ENGE

14_SUGGESTE (LENTEMENT)

14_PELINORES LAST VISIT

  

https://www.youtube.com/watch?v=Ccs7L6WpH1o

 




(*) Federico Balducci guitar on KAILIM
Dedicated to Léonie Leroy (26 mai 2013-10 mars 2020), the little angel who joined our dreams
Guska website: guska.bandcamp.com
Federico Balducci website: federicobalducci7.bandcamp.com

Kitusai website : www.kitusai.com




mercredi 5 février 2020

On the Edge of His Dream




(image : 'Regard intérieur' de Virginie Bel)




Sur le bord ?

On sait qu'une frontière n'est jamais en elle-même, à proprement parler, dans l'un ou l'autre des pays qu'elle délimite, et que, si telle ligne n’est définie que géométriquement, on peut la considérer comme sans épaisseur réelle.
Alors, quand nous nous dirions "sur le bord", cela ne dirait rien précisément du côté sur lequel nous nous tenons.

Ainsi, nous sommes "sur le bord" quand nous sommes entre le rêve et l'éveil : quand, depuis le rêve, nous visitons notre existence éveillée, et quand, ensuite, revenus dans celle-ci, nous sommes saisis par ce que notre mémoire a retenu de ce rêve.
Et les animaux aussi bien, rêvent.
C’est à leur façon à eux, sans doute particulière à chaque espèce - et qui doit tenir, entre autres, à la richesse de leurs sensations propres, et aux moyens dont ils disposent pour se représenter ces sensations.

Certes, tous les êtres vivants d'une même espèce "communiquent" entre eux, selon le degré de complexité de leurs organismes ; cependant, je ne confonds pas la communication  et la parole
Or donc, aucun gorille, ni chimpanzé ni bonobo, ne me parle... ce qui s’appelle parler, à proprement parler.
Et je sais que, s'ils ont tous, sûrement "des choses à dire", celles-ci me resteront, à tout jamais, absolument, inaccessibles.

Cependant, ils sont de toute évidence si proches de ce que nous sommes, que je peux bien avoir une forte envie, moi, d'une expérience de pensée, par laquelle je me ferais une représentation - oh, « projection » toute humaine, trop humaine - de ce qu'elle a dans la tête, celle-là dont je croise le regard dans cette image...
(Oui : je dis "elle" car Virginie Bel, qui a fait ce puissant portrait, me dit que c'est celui d'une femelle.)
Alors, sans aucun moyen d'engager aucune conversation avec elle, j'imagine...
J'imagine au moyen d’un intermédiaire : du biais de ce que je peux penser que nous avons d'assez commun, au moyen des sensations.
Parce que, après tout, l'humain appartient pleinement au règne animal, non ? Et, avec beaucoup d'autres espèces, nous partageons des appareils sensoriels bâtis selon les mêmes principes.

*

Comme il s'agit tout de même, ici, de faire de la musique..., je ne me suis imaginé des sons... Quels sons pourraient occuper la rêverie de notre gorille pensive ?

Il s'agissait ensuite de décider si "naturalisme bruitiste" il y aurait ? 
Négatif ! Il s'agissait en effet de composer la matière de ce qui devrait être de l'ordre du rêve. 
Donc, le seul usage d'instruments, très "musicaux", s'est vite imposé.

A part ça ? Techniquement ?
Les sons d'origine ont été pris à des banques éditées par UVI : "Ircam" pour les bois (flûte, clarinette et basson) et la contrebasse ; "Orchestra" pour les timbales et les gongs 'classiques' ; et "World" pour une percussion exotique (birmane).
Le matériel harmonique est évidemment constitué tout entier par une gamme pentatonique, la japonaise 'yo', assez identifiée comme celle « des touches noires »...
Les figures rythmiques sont moins traditionnelles, puisque toutes dérivées d'une "série" de durées (3-4-5-7).


https://metapop.com/patrick-guillot/tracks/on-the-edge-of-his-dream/121813