dimanche 1 février 2026

Au Bord du Monde – Pierre Pavloff

  

J'ai rencontré Pierre Pavloff à l'occasion de l'une de ses expositions, début 2025.

Au cours du dialogue qui s'en suivit, je lui ai fait part du "désir de musique" que provoquait en moi la présence de sa peinture.

...

Plus tard, il me proposa deux séries, qui ont été, pour la circonstance, réunies sous le titre 'Au bord du Monde'. Chacune de ces séries - 'Dans les Terres' et 'Ciels et Mers' – comprenait dix tableaux.

La musique (*) ayant été composée, en quelque sorte « sous le regard » de la peinture, celles-ci, la musique et la peinture, peuvent être maintenant présentées, exposées, dans leur alliage opéré par le moyen des « images animées ».

 

(*) https://patrickg.bandcamp.com/album/au-bord-du-monde-pierre-pavloff

 

AU BORD DU MONDE

 

I_ DANS LES TERRES




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*

Un parcours

 

Pierre Pavloff (1952) a toujours peint, depuis l’adolescence.

Il a exercé la profession de décorateur dans le cinéma d’animation - ce qui était aussi une façon de peindre.

Dans la peinture 'à proprement parler', il a exploré plusieurs voies, en menant un va et vient entre la figuration et l’abstraction, au cours duquel il a gardé pour fil conducteur un expressionnisme qu'il qualifierait de romantique, en suivant des thèmes comme la beauté du monde, la solitude, l’absence.

 

Si je peins, nous dit-il, c’est pour pouvoir exprimer des choses qui ne peuvent être dites avec des mots. Pour cette raison, il m’est difficile d’expliquer pourquoi je peins.

Si je peins c’est parce que j’ai une passion pour la peinture des autres, qu’elle soit ancienne, moderne ou contemporaine. C’est une nourriture qui m’est indispensable.

Si je peins c’est parce qu’il est arrivé, quand les vents étaient mauvais, que cela me sauve de la perdition.

Si je peins c’est parce que j’aime ça. J’aime explorer, expérimenter, me frotter à tout ce que peut offrir ce médium.

Si je peins c’est pour partager, pour avoir quelque chose à proposer à autrui.

Pour moi, ces raisons sont suffisantes. Est-ce qu’elles suffisent à faire de moi un peintre ? C’est à vous de répondre !

 

Etudes à l’Ecole des Beaux Arts de Versailles et Fac d’Arts Plastique à Paris

Longue carrière de décorateur et chef décorateur dans le cinéma d’animation

Expositions :

1982  Salon de Montrouge

1982  Tavaux sur papier Villeparisis

1983  Galerie municipale Vitry sur Seine

1984 Atelier Kamal Lahbabi Paris

1996  Festival Arts Plastiques Gisors

1997  Le ciel Wuppertal, Bruxelles, Paris

2003  Salon de Montrouge

2004  Artistes contemporains icaunais Château du Tremblay, Abbaye de Pontigny, Yonne

2005  Château de Lourmarin

2005  Salon de Maisons Lafitte

2005  Librairie Galerie Livres Etc Paris

2006  Galerie Art Génération Paris

2007  Chapelle de Courthious Orne

2007  Galerie Peinture Fraîche Paris

2012  Salon des Lilas

2013 Galerie Peinture Fraîche Paris

2014  Ferme de Pratgraussals Albi

2015  Boutique Galerie Le Cochon Bleu Albi

2016  Carré Public avec Martine Malacarne Albi

2016  Invité d’honneur du Salon des Arts Carmaux

2022  Galerie Espace Art avec Martine Malacarne Albi

2023  Château de Saurs Lisli sur Tarn

2023  Campagn’Art Parisot

2023  Hôtel de Rochegude avec Martine Malacarne Albi

2025  Galeris Jérôme Morcillo Albi

2025  Campagn’Art Parisot

 

 





jeudi 11 décembre 2025

TURBULENT TIMES : une collaboration...

 TURBULENT TIMES : une collaboration.

 


Le répertoire de la musique "occidentale" est constitué d'œuvres signées chacune par une personne, et une seule.

Comme tel tableau est signé par Veronese, ou Chardin, ou Berthe Morisot, etc., tel poème par Louise Labbé, Arthur Rimbaud ou Dominique Fourcade, etc., telle musique est de de Monteverdi ou de Wagner, ou de Eliane Radigue, etc.

Cependant, entre tous les domaines de la création artistique, la musique est peut-être - maintenant - celui où la "collaboration", la co-élaboration d'une œuvre, est la plus souvent pratiquée. 

Cela peut tenir aux possibilités techniques actuelles, offertes par l'informatique, quant à la production et à la communication des objets sonores.

Mais, sans doute est-ce d'abord l'effet d'une pratique immémoriale ? 

En effet, la musique se "fait",  spontanément, à plusieurs, dès l'origine - pour autant que l'on puisse concevoir cette origine...

Si rien n’empêche de chanter ou de danser tout seul, nous savons que chanter ou danser ensemble est une expérience d’une nature tout autre.

 *

 L’album présenté ici compte dix morceaux, tous composés en collaboration par Kalak et moi-même.

J'ai déjà, de mon côté, assez souvent œuvré ainsi, en collaboration, en observant à chaque nouvel ouvrage que cela pouvait être en suivant des chemins très divers, selon la personne du "collaborateur", bien entendu, mais aussi suivant la nature particulière du projet.

Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur la diversité de ces chemins, de ces processus. Mais, pour ce qu'il en est de cet album en particulier, je dirais seulement ceci : cette collaboration a été initiée par Kalak, avec le titre qui ouvre l'album - Broken Horizon - pour lequel il m'a proposé une "piste"...

Une piste… Le mot est à prendre dans son double sens : d'abord comme objet musical, et ensuite comme une voie, une perspective ouverte devant moi, une piste - dans laquelle je pouvais m'engager, et que je pourrais suivre.

Cependant, à la découvrir, ma première réaction a été :

« Dois-je vraiment avoir à y ajouter quoi que ce soit ? »

En effet, cette piste me semblait, musicalement, cohérente et complète par elle-même.

L'était-elle comme peut l'être… un paysage naturel ?

Ce paysage n'a aucun besoin d'être parcouru par quiconque pour être ce qu’il est tel qu'en lui-même. Mais cela n'empêche personne de le parcourir, de le contempler, et de rapporter quelque forme sensible de sa contemplation.

Les dix pièces de cet album ont été ainsi composées, selon ce même processus : Kalak m'ouvrait, pour chacune, un "paysage" particulier, dont je ne souhaitais transformer aucun des contours, m'arrêtant à le contempler tel qu'il s'offrait, pour que les conséquences musicales de ma "contemplation" viennent ensuite s'y adjoindre... musicalement.

 C’est après que cet album a été publié (*) que j'ai éprouvé le besoin, comme assez souvent, d'une chorégraphie... graphique, pour exposer la musique d'une façon particulière (**)

Je tiens à remercier Kalak pour - aussi ! - son active participation à l'imagerie, pour les clips n°1, 2, 3, 7 et 8.

...



https://www.youtube.com/watch?v=JZ8pwIClLsg

2_Leap Into The Unknown

https://www.youtube.com/watch?v=_7CV_wPc68w


3_Gaia's Tears

https://www.youtube.com/watch?v=4WTGqiLFOKY


4_A Gray Day

https://www.youtube.com/watch?v=s8guW3eamHA


5_Race Against Time

https://www.youtube.com/watch?v=-W5F9CsS99g













6_
Bad Omens

https://www.youtube.com/watch?v=ugz2P3E0b4s


7_In The Distance The Gods Pass By

https://www.youtube.com/watch?v=ax9LDfodin4


8_Magmatic Future

https://www.youtube.com/watch?v=Gm2Th4qmf_I



9_
Taste Of Chaos

https://www.youtube.com/watch?v=M6lK0JLv-N0

10_Final Fall

https://www.youtube.com/watch?v=BezKABLV44g


 



dimanche 8 septembre 2024

Le vent est tombé (récit)

 

- Le vent est tombé, dirait on...

- Oui, il semble.

On pourrait sortir... Tu m'accompagnes ?

- Tu veux sortir ?

- Oh, juste aller au fond du jardin... Tu viens ?

- Il faut que je finisse cette lettre à ma mère. C'est compliqué. Et il faut absolument que je la poste demain matin. Et rien que d'y penser... 

Et je crois qu'après ça, je n'aurais qu'une envie.


Elle s'est tournée vers lui. 

Elle sourit en fermant les yeux, ses deux mains jointes étendues sous sa joue droite, anticipant le mol oreiller...

D'abord, il lui répond d'un sourire. Et puis il se lève.


- Bon... Oui. Je comprends. À tout de suite alors. Je ne vais pas y rester longtemps.

Courage !

*

Mais, il le sait bien, aussi, que, de toute façon, elle n'aime pas trop venir, la nuit, de ce côté de la maison.

Il doit reconnaître que cette lumière du réverbère planté dans la rue longeant le fond du jardin, elle est un peu trop forte.

Et puis, la seule chaise laissée ici en faction n'est vraiment pas très confortable. Une chaise de cuisine, bien raide de dossier et bien dure de siège.

Mais, cet inconfort lui convient. Ce n'est pas pour dormir qu'il aime si souvent se retrouver là en fin de soirée.

Quant à l'éclairage public, plutôt intempestif sur cette voie souvent désertée, il s'en arrange en lui tournant le dos, et en se rapprochant des arbres... 

Il lève la tête.

Le vent qui a soufflé toute la journée semble avoir éliminé toute trace d'humidité en suspension dans le ciel.

Depuis la Terre jusqu'aux étoiles les plus lointaines.


Alors il répète, à haute voix : Le vent est tombé, dirait on.


Mais, qui donc est ce on qui dit ça comme ça ?

C'est curieux, quand même, que le vent soit quelque chose qui puisse tomber.

Un arbre tombe. Une pierre tombe d'un mur. Enfant, il est souvent tombé... Mais le vent ?

S'il tombait du ciel d'où il souffle, on le retrouverai par terre. On pourrait l'y ramasser comme on ramasse... comme on ramasse toutes les feuilles que lui, le vent, fait tomber !

Mais il est vrai aussi que ce vent, celui qui souffle par ici, ah, ce vent est un vent à majuscule, un de ces Vents qui sont nommés d'un nom de personne humaine, sinon de divinité : le Mistral, la Tramontane, U Libecciu...

Et tous les dieux, comme tous les humains, sont destinés à tomber, un jour...


L'inanité de sa digression, poursuivie tout du long à voix haute, le fait sourire. 


Ou bien, est-ce cette sensation de légèreté qui lui remonte des jambes, traverse ses reins, lui caresse la nuque, lui fait redresser les épaules ?

C'est-à-dire : est-ce de pouvoir digresser aussi librement, à l'abri de toute censure,  qui soudain lui retire de sa pesanteur  habituelle ? 

Ou bien, est-ce cet allègement inattendu qui a provoqué son irrépressible envie de digresser sans retenue ?

Mais, parce qu'il pressent que la réponse doit loger dans un espace-temps inaccessible à sa conscience raisonneuse, il estime vaine la question. Et alors, faute de pouvoir tout connaître des tenants et aboutissants de son état, il se contentera d'en jouir, sans autre motif.


Ses deux mains sur le haut de son dossier, il s'apprête à déplacer la chaise à l'endroit convenable.


Là, son geste est en suspens. 

Tout en lui et autour de lui est comme engourdi, d'un même engourdissement... bénéfique ? Ou plutôt, agréable... 

Oui, agréable suffit. Parce que léger, encore, et surtout bien réparti, lui semble-t-il, également, dans toutes les parties de son être. Ce n'est pas un de ces engourdissements menaçants qui nous font craindre que le moindre mouvement pourrait bientôt nous être interdit.

Non, il se sent en pleine possession de toutes les parties de son corps.

... À moins que ce soit l'ensemble de toutes les parties de son corps qui ait pris possession de lui ? 

Il sait qu'il lui faudrait alors définir quel est-il, ce lui, si distinct de tout son corps, à lui... 

Oh, non ! Pourquoi faut-il qu'il se retrouve encore entraîné dans ce genre de méandres ! À éviter, et de toute urgence ! Ne pas même s'en approcher.


Il est resté sans plus faire un geste, debout derrière la chaise, les mains posés sur le dossier.

C'est évident d'un coup : le silence !

Un de ces silences tout naturels, d'ailleurs, et qui sonnent comme ils ne peuvent sonner que dans la nature naturelle : un silence fait du concert d'une myriade de bruits, tous également minuscules, et même microscopiques. Ce que chacun d'eux serait par lui-même se retrouve tout à fait submergé dans le concert de l'ensemble de tous les autres. Toute la matière de cet ensemble est d'ailleurs elle-même des plus ténue. Mais, ce qui la compose vraiment n'est pas la dimension particulière de chacune des parties concertantes ; c'est qu'aucune d'entre elles ne peut y être distinguée d'aucune autre. Aucune n'a une dimension particulière.

Ce silence, c'est la brusquerie de son apparition qui l'a surpris, pense-t-il.

Mais, non : c'est qu'il vient de percevoir sa présence seulement à l'instant, brusquement. 

Le vent avait tellement tout agité, partout, toute la journée, qu'il lui était entré dans le corps - au point qu'il ne pouvait suffire qu'il soit tombé, semblait il, pour qu'il en sorte sans attendre.

Mais, après tout, si quelque chose tombe d'un côté de la balance, c'est que, de l'autre côté, quelque autre chose va se lever ?

Si le vent tombe, alors, c'est le silence qui se lève ?

...

Le voilà reparti à digresser... Non : on ne dit pas ça, "un silence s'est levé" !

Pourtant, là, c'est bien ce qu'il ressent : ce silence monte de la terre...

Il regarde devant lui, comme s'il allait surprendre le silence en train de s'élever au-dessus de l'herbe, comme une buée...

Il regarde autour de lui. À droite, séparant le jardin de la route, et recouvert de sa couche de lichen, le parapet de pierre. Dessus, une petite chose, posée, accroche son regard. 

Sur le vert sombre du lichen luisant sous la dure lumière déversée par le réverbère, ça fait une tache claire et mate.


Mais ça, c'est ce qu'il pourra en dire plus tard : ça faisait une tache claire et mate. 


Sur le moment...

Mais, c'est un moment sans plus de durée dans la dimension du temps qu'un point géométriquement défini n'a d'épaisseur dans la dimension de l'espace.

Sur le moment, tous les mots se sont comme esquivés : tache, claire, mate, petite... Même le mot "chose" est absent. Tous les mots...

Tous les mots, avec toutes les possibilités de les articuler les uns avec les autres, tout cela qui est sans cesse à notre disposition, parce que, dans le monde humain, une chose qui n'est pas, d'une façon ou d'une autre, nommée... n'est pas.

Mais, là, ce n'est pas que les mots aient disparu ; c'est comme s'ils n'avaient jamais existé. 

Alors ils ne peuvent jamais avoir été nécessaires ; alors, ils ne peuvent pas lui manquer. 

C'est-à-dire que, ce qu'il voit sans le nommer, c'est présence pure, qui suffit à l'emplir.


Ce n'était qu'un simple caillou. 

Ainsi pourrait-on le nommer : simple caillou.



photographie : Thomas Grand