mercredi 2 décembre 2015

ACCORD



ACCORD
(01/12/2015)



Il est
à ce moment
là !
il se trouve
tout entier rassemblé
dans l’écoute

à cet accord         (quatre sons, des notes tenues
amoureuses mais cependant
distinctes)


Tous, d’un même mouvement
(tous : les murs de la chambre, et le plancher et le plafond)
alors se détachent
mais sans arrachement – plutôt un décollage silencieux –
rassemblés dans un même mouvement inapparent
mais sensible – comme un souffle –
ils se détachent…

Mais d’abord ils se sont juste contractés,
serrés,  
mais légèrement, mais toujours plus solidement, les uns
contre les autres (les murs, et le plancher et le plafond)
solidaires pour ne plus faire qu’un seul volume
à ce moment-là détachable du reste de l’immeuble –
un volume unique qui vient d’un coup de se contracter, se resserrer,
pour se détacher enfin – avec un petit frisson…
comme on s’ébroue après une petite sieste.

La chambre – en fait, le petit studio qui lui sert d’atelier – maintenant
en apesanteur,
dotée de la compacité suffisante, et de légèreté
en une juste mesure, pour ne plus avoir à subir
la masse des étages supérieurs,  pour ne plus avoir besoin
de s’appuyer sur une quelconque fondation, ni même
de se retenir au souvenir d’une ville…

il s’éprouve, lui,
en suspens
en ce volume
en lui cet allègement    résonne lentement
diffuse


Libéré du souci de s’en tenir, régulièrement, à une heure fixée,
il est
enfin, alors, il se retrouve
au centre


d’où la musique




mercredi 16 septembre 2015

Quelques expositions

« Les Éditions de la Comète présentent »

Archives 02 : Quelques expositions

NANAS DE NIKI

exposition NIKI DE SAINT-PHALLE (Galeries Nationales du Grand Palais)
(17 septembre 2014 / 2 février 2015)
1 : CORPS / PEAU / MATRONES
2 : DADDY / NOCTURNES / JARDIN / LE RÊVE DE DIANE

* 

A LA MESURE DU SILENCE / POLIAKOFF

exposition Serge Poliakoff (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris)
(31 janvier 2014)

*
SIMULTANÉ (Sonia Delaunay)
exposition SONIA DELAUNAY
 « Les couleurs de l’abstraction » Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
(26 décembre 2014)

*
ANGES/METAMORPHOSES
JAN FABRE au Louvre (2008) :
(de 1à 6) :

*

MARTHA ROSLER LIBRARY - INHA 2007


*

 « NON-EXPOSITION » / Jean-Jacques Lebel 
à la Maison Rouge (janvier 2010)

(1 & 2)

https://www.youtube.com/watch?v=21jPWDG2xdQ


*

SERAPHINE LOUIS, dite DE SENLIS

exposition au Musée Maillol (mars 2009)


*

VILLA ARPEL AU 104

Jacques TATI, la Villa ARPEL au "104" 

*

D'ETERNELS_RETOURS

exposition « LOW TECH » festival EXIT (du 8 au 18 mars 2012)
à la Maison des Arts de Créteil
(1 à 3)

*
"Cher Pierre" (Jean Tinguely à Pierre Restany)
exposition à l'INHA (2007)

*

LE DEFILE_ Gaultier / Chopinot

https://www.youtube.com/watch?v=0Ax4fOVyUM4

"LE DEFILE" _ Jean-Paul Gaultier / Régine Chopinot
Musée de Arts décoratifs (septembre 2007)

Cf.


lundi 3 août 2015

Palais-Royal


« Les Éditions de la Comète présentent »

Archives 01 : la série « Palais-Royal »



Une installation de CHUNG HYUN : "L'HOMME DEBOUT" / Jardin du Palais-Royal 
https://www.youtube.com/watch?v=TfhywBVFdq4


*
Installation de TAKIS au Palais-Royal : "Signal Eolien"
LES ELEMENTAIRES (1) : L'AIR

*
Text(e)~Fil(e)s
une installation de Pascal Dombis, dans la galerie Valois du Palais-Royal
(du 24 septembre au 24 octobre 2010)
AU FIL DU TEXTE

*
"Installation végétale, urbaine et éphémère..."
LINSTALLATION du 2 au 7 juillet 2010 au Palais-Royal
Masters of Line
ELEGANTS EPOUVANTAILS


*
"UN JARDIN CHINOIS"
deux installations, de WANG-DU et de YANG JIECHANG 
au Jardin du Palais-Royal
en mai 2010
UN JARDIN CHINOIS


*
Palais-Royal, 5 janvier 2009, la neige, les mouettes, les loups.
Musique : Pierre Boulez : "Notations" 1 & 3 (pour orchestre de chambre)
LE LOUP ET LA MOUETTE


*
LE DESTIN D'UN MUR
Mai 2009 : Le Mur de Berlin au Palais-Royal tel que recyclé par l'art
1/2
2/2

*
LES LOUPS SONT AU JARDIN


*
XAVIER MASCARO au Palais-Royal (Automne 2008)
1/3
2/3
3/3

*
Chronique du Palais Royal - 03 - Parfois musical

*
Chronique du Palais Royal - 02 - Désert

*
Installation VANA XENOU au Palais-Royal  (Hiver 2007)
1/4
2/4
3/4
4/4




CHARMEUSE


Un souvenir du musée d’Orsay – 1987  (*)


Sans passer le seuil, sans même s'en approcher, mais en restant bien dans l'axe de la porte, je découvrais La Charmeuse de serpents du Douanier Rousseau.
Ainsi maintenu dans le temps de la révélation, sans connaissance préalable du lieu, sans deviner les dimensions exactes de la salle où ce tableau s'exposait, je pouvais rester à croire qu'il en était le seul et précieux trésor, jusqu'à m'imaginer face à quelque image sacrée – et dont un antique tabou, ou la crainte de quelque dangereux sortilège, commandait que je me garde à très respectueuse distance.



                



Oui, c'est bien à une vraie séance de magie, à un envoûtement, que je me livrais par la contemplation de ce tableau — et mon appui dans le monde "réel" semblait se dérober soudain. Mais, si ma faculté de rapporter ce que j’y voyais à l'expérience commune était ici proprement déroutée, c'était par des moyens subtils, et sans faire appel à des figures ou à des situations trop démonstrativement grotesques ou monstrueuses…
Bien sûr, on ne rencontre pas tous les soirs au coin d'un bois une femme noire et nue qui, tel un fakir, use du son d'une flûte pour charmer de gros serpents — et je veux bien, même, qu'on n'en rencontre jamais — mais il n'en reste pas moins qu'il n'est rien, dans cette scène, qui contrevienne absolument au possible.

      Son agencement lui-même n’a rien qui soit bizarre ; il est plutôt d'une imposante évidence classique : partage harmonieux de grandes masses qui jamais ne font perdre de vue le raffinement des détails ; détails dont la profusion n'étouffe jamais la composition.
(Gerbes fluorescentes du premier plan à droite se découpant verticalement sur la grande masse sombre mais ajourée des arbres, comme la haute silhouette noire de la charmeuse sur le ciel calme et clair, etc.)
Non, ce qui déroute notre regard de ses habituels parcours, ce n'est pas la nature des objets, ni leur disposition dans l'espace, mais des contradictions entre leurs divers modes d'apparition.

Sans doute, ces plantes vertes à bordure jaune pourraient orner nombre de jardins, mais qui les a jamais vues ainsi, devant un massif arborescent comme découpé à même le matériau brut de la nuit la plus profonde, magnifiées par une luminosité dont elles semblent être elles-mêmes la source — et combien plus intense que ce pâle reflet du feu du soleil sur le disque lunaire ? 
…
Qui songe à accorder cette notation de la végétation couvrant la colline, toute suggestive — et qui fait la part de l'humide épaisseur de l'air —, avec le souci d'un inventaire quasi maniaque de chaque feuille, de chaque brin d'herbe, de chaque pétale. …
Et quel étrange écart entre le corps de la charmeuse — dont le contour ne laisse rien ignorer du volume, et dont il fait sentir tout le poids, malgré la saturation monotone et sombre — et celui de l'oiseau qui l'accompagne — dont la mise à plat, suggérée par le net découpage du profil, vient contredire le subtil et savant accord de dégradés de roses et de gris. 
…
En même temps, quelle parenté imprévue entre la charmeuse et l'oiseau : entre les présences simultanées de l'arabesque sensible et du maintien hiératique chez l'une, évoquant une statue égyptienne intérieurement saisie par le désir de la danse, et la silhouette délicatement coloriée de l'autre, rappelant la tension particulière, entre signe et représentation, propre à l'écriture des hiéroglyphes.
…

Le charme, vient-il de ce que la vision d'un monde mystérieux, étrange alliance
de l'obscur et de l'incandescence, insaisissable comme un rêve mais, comme un rêve, inévitable, se dise par le moyen d'une construction plastique sans faille, très ferme, et d'une lisibilité presque tranchante ?
Vient-il, bien que tous les objets rassemblés ici restent nettement distincts, et comme directement rapportés des catalogues qui souvent étaient leurs sources, de ce que l'on ne peut jamais tout à fait décider de leur genre ? 
…
Ce tableau est-il celui de la contrée improbable, et intime, où un oiseau peut être une fleur, où le ciel est un lac et le lac une prairie, où les serpents sont comme des branches et les feuilles comme des lames de machette, où un arbre est une charmeuse, une charmeuse la nuit, et ses yeux deux étoiles ? 



…



(*) Cet écrit se rapporte à une localisation du tableau, dans les salles du Musée d'Orsay, qui n'a plus cours depuis longtemps.




jeudi 4 juin 2015

ÉCLATS D'ANTIQUES

Quelques archives des Éditions de la Comète,

* en 2013 :
à l'occasion de l'exposition « ÉCLATS D'ANTIQUES » :

un entretien avec François Queyrel

Une bibliothèque, celle de l'Institut national d'histoire de l'art (collections Jacques Doucet), et un livre, "Une nécropole royale à Sidon / Fouilles de Hamdi Bey") :

CONSTANTINOPLE / ISTANBUL 

https://www.youtube.com/watch?v=knwxTbWXpKU

Un panorama de la ville d'Istanbul pris depuis la Tour de Galata
1872-1875 (Bibliothèque de l'INHA / collection Jacques Doucet)


mardi 2 juin 2015

PIERRE BONNARD / MUSEE D’ORSAY 2015


J’ai commencé d’aimer la peinture de Pierre Bonnard à une époque où j’avais tout loisir d’assez souvent contempler quelques unes de ses œuvres ; mais ces quelques échantillons à ma libre disposition étaient les seuls que je pouvais prétendre connaitre.
En effet, pour vraiment connaitre la peinture, il faut compter pour presque rien les reproductions : c’est un abîme en effet qui sépare le saisissement face au tableau (digne d’être « vécu »), et la meilleure impression donnée par une de ses reproductions.
On apprend vite que pour connaitre vraiment une peinture, il faut la recevoir en vraie grandeur, dans son format.

Oui, c’est parfois d’assez loin, de là où le tableau commence de nous appeler, qu’il faut l’avoir vu d’abord, avant de s’en approcher au plus près, jusqu’à une proximité tactile… (oui, « On ne touche qu’avec les yeux ! », c’est entendu…) ; avoir enfin constituer un réseau de toutes les sensations reçues à ces diverses distances, dans toutes leurs combinaisons possibles…
Oui, les couleurs, lumières, et textures, du tableau, sont à appréhender dans nos dimensions corporelles (nos taille, envergure, et capacités à aller et venir, avancer et reculer, nous baisser et hausser), dans toutes les dimensions et capacités de notre corps physique, telles que ressenties dans l’espace physique…

Donc, je ne connaissais, intimement, qu’un très petit nombre des tableaux de Bonnard, et, malgré la consultation de beaucoup des reproductions disponibles, n’avait aucune idée juste de son œuvre comme continuité. C’est elle, représentée et présente en évidence, que je viens de découvrir au Musée d’Orsay.



C’est en sortant de l’exposition que me vient, sans prévenir, cette formulation : 
« Bonnard, peintre quantique » … 
Quantique ? Bien sûr, ce n’est rien qu’une analogie, et pas trop consistante sans doute, ni convaincante, donc. Cependant, je suppose qu’elle ne doit pas être sans raisons …
Si, dans cette exposition, ma contemplation de ces nombreux tableaux, poursuivie en quelque sorte comme une expérience scientifique, méthodiquement répétée pour en vérifier les résultats, me conduit à y voir la manifestation d’une conception « quantique » du monde visible, ce doit être, je suppose, en réaction au discours convenu (dominant) sur un Bonnard « décoratif » …
Mais non, la peinture de Bonnard n’est pas décorative essentiellement.

Sans doute ces mises en page harmonieuses de masses chromatiques luxuriantes lui donnent-elle, par ailleurs, des vertus bien décoratives... mais elles ne sont que des masques, de ceux qui ne nous flattent d’abord la rétine que pour nous inquiéter mieux et plus en profondeur ensuite.
Et, n’est-ce pas, provoquer l’inquiétude, ce ne pourrait pas être la vocation d’un « décorateur » …

Mais c’est ici une inquiétude non angoissante. Ce n’est en rien l’angoisse destinée à nous compresser et rétrécir, avant de nous effacer. C’est juste une non-quiétude : il s’agit simplement que nous ne soyons pas « tranquilles », afin que nous soyons toujours avec les sens à vif, à découvert, pour ainsi demeurer à l’affut des plus subtiles, infinitésimales, discrètes parfois, mais décisives manifestations de la réalité du monde visible.




Quantique ? C’est que, à recevoir ainsi cette œuvre, en continu et intensément, j’aurais ressenti d’abord, spontanément, que ce seraient « des états de la matière » que peint Bonnard ?
Non, il ne prend pas comme ‘motifs’ la solidité des solides, la liquidité des liquides, ou la gazéité (?) des gaz...
Ce serait plutôt que, semblant figurer un objet reconnu comme solide, par exemple une table, il la donne à voir (à comprendre) comme si elle était constituée de liquides emmêlés. Ou que l’eau d’un bassin peut sembler formée de concrétions minérales impénétrables… Ce serait dans un nuage montré comme une masse compacte aux contours arrêtés… Dans la surface d’une façade qui, avant de scintiller comme un brouillard, est frémissante comme une eau prête à bouillir...
Par exemple, ce serait une tête, et un corps, devenus ici assimilables à une tenture, ou à un mur, et parfois confondus avec la lumière qui frappe ce mur, ou avec l’ombre qui baigne cette tenture… Et telle ombre, répandue là sur le sol, qui s’en détache, et devient aussi pleine et lourde qu’un guéridon, ou qu’un arbre…




Il est très justement indiqué, dans les présentations de l’exposition, que Bonnard se plaît souvent à dérouter le regard par des jeux de miroirs, par des compositions, de plans et de perspectives, inattendues, et par tant de dispositifs destinés à perturber l’identification des figures.
Cependant, nous avons appris à identifier la matière des corps, dans le monde visible, par la qualité de leur mouvement, par la stabilité relative de leurs contours, etc. Et c’est ainsi que tel ou tel aspect d’une figure peinte (contours, reflets, diversité ou uniformité des surfaces, etc.) nous permet, croyons-nous, d’y reconnaitre tel objet du monde visible.
Dans les peintures de Bonnard, c’est aussi une opération dans le « rendu » de la matière intime des objets qui peut provoquer un déroutement – inquiétant à sa façon – de nos sensations et identifications routinières.
Il ne s’agit pas seulement de la texture superficielle de leurs matériaux, mais plus encore de leur constitution physique, atomique, moléculaire, et, donc, pourquoi pas, élémentaire…




Alors, en définitive, ce que peint Pierre Bonnard, ce ne sont pas les états de la matière ; non, ce n’est pas la consistance des solides, ni la fluidité des liquides, ni l’évanescence des gaz. Ce qu’il peint, ce seraient plutôt la façon dont les objets peuvent échanger leurs « états fondamentaux ».

C’est de la peinture « figurative », sans doute, - mais dans laquelle les figures servent à désigner une autre réalité que celle des figures…






[PEINTURE [pin-tu-r'] s. f. Imitation faite avec lignes et couleurs, sur une superficie plane, de tout ce qui se voit sous le soleil ; sa fin est la délectation, POUSSIN (Lett. 7 mars 1665). (in Littré)

PEINTURES : Dosages divers d’intelligence et d’émotion, utiles pour raisonner la répartition de substances colorées dans un espace à deux dimensions.]



BONNARD « La Toilette »  (ca 1932) _ 120 x 118cm